Depuis des millénaires, la philosophie orientale — à travers des pratiques comme le yoga et le Qi Gong — considère le mouvement comme un puissant moyen d’expression de soi, de gestion des émotions et de connexion entre le corps et l’esprit. En Occident, en revanche, le développement personnel s’est souvent orienté vers les aspects intellectuels et psychologiques, laissant parfois en marge l’apport du corps dans la quête de bien-être. Aujourd’hui, dans une société où les activités mentales priment largement sur l’activité physique, cette dimension corporelle est encore sous-estimée. Pourtant, de nombreux psychologues et thérapeutes reconnaissent désormais les bienfaits profonds et durables d’une approche intégrant le corps, que ce soit en dansant, en marchant ou en redécouvrant les sensations corporelles, pour rétablir un équilibre intérieur et apaiser l’esprit.
Pour intégrer le mouvement dans le quotidien et en faire un allié du bien-être, plusieurs approches thérapeutiques offrent des portes d’entrée accessibles. Parmi celles-ci, l’Open Floor, une pratique libre et expressive, invite les participants à explorer leurs mouvements sans contrainte, favorisant ainsi une écoute intérieure et une libération émotionnelle. Dans cet espace de danse et de mouvement conscient, chacun est encouragé à se reconnecter à ses sensations corporelles, à exprimer ses émotions et à relâcher les tensions en toute liberté.
La méthode Feldenkrais, quant à elle, repose sur des mouvements lents et conscients pour reprogrammer les schémas corporels inconscients. En explorant des gestes simples, elle permet de redécouvrir une fluidité et une présence nouvelles dans les mouvements du quotidien. Le yoga thérapeutique, pour sa part, propose des postures adaptées pour apaiser l’esprit et renforcer le corps, en mettant l’accent sur la respiration et la concentration. Pour ce qui concerne la marche méditative, inspirée des pratiques de pleine conscience, elle invite chacun à observer chaque pas et chaque sensation, permettant de s’ancrer pleinement dans l’instant présent.
Le Qi Gong, discipline millénaire d’origine chinoise, est une thérapie corporelle aux vertus profondément transformatrices. Cette pratique m’a permis de retrouver équilibre et vitalité après un burnout, il y a une dizaine d’années. Fondé sur des mouvements lents et contrôlés, le Qi Gong associe la respiration et la concentration pour faire circuler l’énergie dans le corps, favorisant ainsi un état de calme intérieur. Il aide à réduire le stress, tout en améliorant la souplesse et l’équilibre. À travers cette discipline, j’ai découvert une manière douce et puissante de me reconnecter au corps et de retrouver une paix intérieure durable.
De manière plus générale, les recherches en psychologie cognitive s’intéressent de plus en plus à la théorie de l’« embodiment »* ou incarnation. Selon cette théorie, nos mouvements influencent notre perception et nos émotions. Nos postures et nos gestes impactent directement notre état d’esprit, parfois de manière insoupçonnée. Par exemple, les postures où le haut du corps est ouvert, où les mouvements des bras tendent vers l’expansion, provoquent souvent des sensations de lâcher-prise tout en génèrant une fluidité dans la respiration : la confiance en soi est renforcée. À l’inverse, les postures fermées et rigides peuvent accentuer les sentiments d’anxiété ou des postures d’isolement.
Ainsi, dans une culture qui valorise surtout la performance mentale, il devient essentiel de réapprendre à bouger pour préserver un équilibre sain entre le corps et l’esprit. Toute activité physique mobilise une énergie précieuse pour l’épanouissement personnel et la santé mental.
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* La notion d’« embodiment » (incarnation en français) est largement explorée dans les domaines de la psychologie, des sciences cognitives, de la philosophie et de la recherche en sciences sociales. Voici quelques références universitaires de base pour approfondir cette notion :
- Varela, F. J., Thompson, E., & Rosch, E. (1991). The Embodied Mind: Cognitive Science and Human Experience.MIT Press.
- Cette œuvre fondatrice explore l’idée que l’esprit et le corps sont interdépendants et propose une vision incarnée de la cognition, influencée par les traditions bouddhistes et la phénoménologie.
- Lakoff, G., & Johnson, M. (1999). Philosophy in the Flesh: The Embodied Mind and its Challenge to Western Thought. Basic Books.
- Ce livre développe l’idée que nos processus cognitifs sont enracinés dans notre corps et que notre expérience physique façonne la pensée abstraite. C’est une référence incontournable en linguistique cognitive et en psychologie.
- Merleau-Ponty, M. (1945). Phénoménologie de la perception. Gallimard.
- Bien qu’antérieur à l’essor de la psychologie cognitive, ce travail en philosophie phénoménologique est essentiel pour comprendre la notion d’incarnation. Merleau-Ponty y examine la perception et l’expérience du corps comme fondements de la conscience.
- Damasio, A. (1994). Descartes’ Error: Emotion, Reason, and the Human Brain. G.P. Putnam’s Sons.
- Damasio explore comment les émotions et le corps influencent la prise de décision et la rationalité, un précurseur important dans l’étude de l’incarnation des processus mentaux.
- Noë, A. (2004). Action in Perception. MIT Press.
- Noë présente une approche selon laquelle la perception dépend des interactions corporelles avec l’environnement, une théorie clé pour les études sur l’embodiment.